De la rigueur des lois à la liberté du ciel : rencontre avec Janice Sumbo

témoignage|04 juin 2026| 5 min

De la rigueur des lois à la liberté du ciel : rencontre avec Janice Sumbo

Quel a été ton déclic pour revenir dans l’aviation ?

Pour être honnête, il n’y a pas eu de déclic. On espère souvent en avoir un, un de ces moments eurêka où tout changera comme par magie, un moment décisif. Mais la vérité c’est que les jours passent et se ressemblent, et que pour bien des gens, ce fameux déclic n’arrivera jamais. Pour ma part, ça a été un très long processus de fond, mais c’est vrai que l’échec de deux examens du barreau sur trois a été un élément qui m’a aidée dans ma prise de décision.

Quels ont été tes plus grands challenges dans ce moment de transition ?

J’ai vécu la transition de manière très « smooth », très fluide. Peut-être que mon plus grand challenge a été de me confronter au regard des autres et d’assumer mon choix en m’exposant à d’éventuels jugements. Derrière ça, la peur de ne plus être aimée je pense, car j’avais progressivement associé ma valeur à mon activité et à la réussite de mes diplômes.

Est-ce que l’aspect financier a joué un rôle dans ta décision ? De quelle manière ?

Non. Mon revenu a été drastiquement diminué de par cette bifurcation et pourtant, j’ai un rapport à l’argent très apaisé et très clair: l’abondance la vraie, la richesse et cette prospérité financière à laquelle j’aspire se trouvent là où se trouve ma légende personnelle. En droit, j’aurais bien sûr pu me construire une stabilité financière et une vie confortable, mais ça n’aurait pas été durable car le prix en aurait été ma santé. Une chute aurait été inévitable selon moi. Dans les avions, certes mon revenu est largement réduit en termes salarial, mais c’est ok car je n’ambitionne pas de vivre uniquement d’un salaire. Je veux vivre de cette prospérité qui entoure ceux qui vivent leur légende.

Comment le regard des autres a retardé / influencé / encouragé ton envie de changer de voie ?

Le regard des autres a énormément influencé et retardé ma prise de décision. Le monde juridique est un milieu très élitiste et je me suis faite prendre dans un engrenage où après le bachelor, on fait le master, et après le master, on fait les stages, et après les stages, on fait le barreau. Je ne me sentais plus du tout maître de mes choix, mais plus dans une course aux diplômes dont mon ego était insidieusement devenu le maître du jeu. J’avais complètement perdu de vue le fait que le but de cette expérience ici-bas, c’est d’être pleinement épanouie, de faire ce qui me fait vibrer et d’écrire mon propre chemin.

Suite: Bifurquer comme je l’ai fait demande énormément de courage et on se retrouve dans un état de vulnérabilité extrême; que ce soit avant le changement car il faut oser dire haut et fort qu’on est malheureux et qu’on ne va pas bien, puis pendant le changement car on prend un risque qui confronte autrui à ses propres limites, ses propres peurs et ses ambitions non réalisées.

A quoi ressemble ton quotidien aujourd’hui ?

Franchement, c’est que du bonheur. Il n’existe pas deux jours qui se ressemblent. En principe, j’ai plutôt des longs-courriers qui décollent le soir, donc je me lève quand je n’ai plus sommeil (c’est assez rare que je doive mettre un réveil, et quel luxe!), je fais mes petits rituels du matin, je vois mon entourage, je passe du temps en nature, je chante, je danse, je ris, parfois je pleure! Je mange aussi, quel bonheur. Je fais mes vols, je rencontre les passagers, l’équipage, on vit une expérience unique entre ciel et terre, puis je me retrouve à l’autre bout du monde quelques heures, quelques jours. Même programme qu’à la maison; manger, lire, dormir, chanter, danser, puis je rentre et je profite de mes congés de la même façon. J’ai l’impression que ma mission tous les jours, c’est de kiffer et prendre soin de moi. Parfois j’ai du court-courrier, ou alors je suis de piquet, ça varie d’un mois à l’autre, mais basically c’est ça.

Qu’est-ce qui t’aide à t’ancrer dans l’instant alors que tu changes de fuseaux horaires, d’endroits en permanence ?

Rester connectée à mon corps! C’est lui ma boussole. Il m’indique mes besoins et je les honore autant que je peux. Et puis aujourd’hui, je suis très apaisée dans ma relation à moi-même, donc mon point d’ancrage c’est moi. Je ne cherche plus à l’extérieur, je trouve ma stabilité et ma sécurité en moi, je sens que je n’ai plus besoin d’avoir des endroits familiers, des horaires familiers ou des gens familiers pour trouver un sentiment de sécurité et de stabilité dans ma vie. Mes ressources sont vraiment en moi-même et vu que je m’emmène partout où je vais, tout va bien!